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Serons-nous tous un jour, comme cette vieille dame, obligés de travailler jusqu’à la fin de notre vie ?

Posté par communistefeigniesunblogfr le 28 novembre 2010

Courriel reçu le 28 novembre 2010 

Point de vue

Dignité

Tahar Ben Jelloun

Une vieille dame d’au moins 80 ans est derrière le comptoir d’un grand magasin à New York, ses mains tremblent un peu, peut-être souffre-t-elle d’un début de Parkinson, elle tient la caisse. Je la regarde, pensant que c’est une cliente qui s’était trompée de côté. Non, elle est vraiment caissière, une étiquette avec son nom l’atteste. Elle s’appelle Ellen. Avec lenteur, elle déchiffre le code-barres de la marchandise, enlève les étiquettes puis a du mal avec les antivols, prend ma carte bancaire, la glisse dans la machine, me demande de signer, met les affaires dans un sac qu’elle agrafe péniblement, me le tend et me remercie en disant d’une voix à peine audible,« Next » (« au suivant »).

Je suis resté un moment en retrait, interloqué et choqué, face à cette dame qui travaille plus de quarante heures par semaine. On a envie de lui demander de rentrer chez elle se reposer, mais on sait que si elle travaille encore c’est parce qu’elle en a besoin, qu’aucune retraite ne lui est versée. Elle ne fait pas ça par plaisir, d’autant plus que c’est un dimanche.

Vue d’Amérique, la France qui se bat pour un système de retraites juste et équitable apparaît comme une anomalie. Le New York Times du 23 octobre titre sur toute une page « Au moment où les Français font sauter les digues, les Britanniques gardent leur calme et vont de l’avant » ! L’article est illustré par une photo datant de 1979, au moment où Londres était en grève. Cet amalgame veut simplement dire : on ne comprend pas ce qui se passe en France. On aurait aimé leur répondre : qui supporterait de voir sa mère ou grand-mère travailler jusqu’à la mort ? Ce que la France est en train de sauver, c’est une qualité de vie, une autre vision du monde, une humanisation des rapports marchands.

Par ailleurs, on ne comprend pas pourquoi le gouvernement est si psychorigide face aux millions de citoyens qui sont plusieurs fois descendus dans les rues pour réclamer plus de justice. Est-ce si indigne de s’asseoir autour d’une table et de se parler ? Pourquoi la France s’installe facilement dans le conflit et le rapport de force ? A quoi est dû cet entêtement ? De quelle fierté est-il le nom ? Cela rappelle le cas de ces vieux couples qui ne s’entendent plus et qui ne communiquent que par des éclats de voix.

L’image de cette vieille dame m’a obsédé durant quelques jours. C’est l’image d’une société où l’individu est mis en avant, parfois avec arrogance, où l’argent est étalé sans honte, sans pudeur, où un travailleur peut être renvoyé à n’importe quel moment et sous n’importe quel prétexte, où la retraite dépend d’une assurance privée que tout le monde ne peut pas se permettre de souscrire. Certes, l’Amérique a de quoi fasciner, mais son système social est inadmissible. Le capitalisme sauvage domine partout. Les librairies ne mettent en avant que des livres destinés à devenir des best-sellers. On mène une lutte fanatique contre le tabac et on permet aux enfants d’avaler n’importe quoi au point de devenir obèse avant leur majorité ; la précarité est dans l’air, elle menace quiconque n’a pas su exploiter sa chance. C’est une autre manière de vivre et de mourir. Est-ce ainsi qu’on aimerait que les Français vivent ?

Ce qui est étrange, c’est que personne ne semble comprendre le combat des Français de ces dernières semaines. J’ai entendu des réflexions du genre : « Ce sont des enfants gâtés ! » ; « ils ne sont jamais contents ! » ; « ils veulent toujours plus ! » ; « déjà qu’ils ne travaillent que 35 heures et ils protestent ! » Décidément, plus que jamais, la France apparaît comme une exception culturelle dans ce monde de brutalité et d’égoïsme exacerbé.

Mais la France de Nicolas Sarkozy, et même de ses prédécesseurs, ne réalise pas sa chance. Alors elle brade ses valeurs et se retire de la scène culturelle du monde. C’est de l’Afghanistan qu’elle devrait vite se retirer, rapatrier ses soldats promis à une débâcle certaine (à présent que c’est Ben Laden qui l’exige, les 3 750 soldats français ne rentreront pas de sitôt). Non, la France officielle ne cesse de réduire le budget de ses instituts culturels dans le monde. Elle abîme son image, réalise quelques économies (il en faut pour payer la présence en Afghanistan), mais elle fait fausse route, elle fait une grave erreur. C’est avec la culture, avec ses productions littéraires, théâtrales, musicales, picturales, cinématographiques, avec ses valeurs humanistes, son héritage des Lumières qu’elle assurera une belle présence, laquelle lui faciliterait des réalisations économiques importantes. Le pari sur la culture est le seul qui vaille. Or, le ministère des affaires étrangères fait des économies ridicules tout en continuant à espérer que la voix de la France sera entendue et respectée. Calcul de petit épicier sans envergure, sans vision à long terme.

J’ai rencontré des intellectuels américains qui se souviennent avec nostalgie de l’époque où la France était célébrée dans les universités à travers des visiteurs comme Michel Foucault, Jacques DerridaAlain Robbe-GrilletMohammed Arkoun et d’autres. Aujourd’hui, ils se demandent ce qui se passe en France, pourquoi sa voix n’est plus entendue.

Je reviens à la vieille dame américaine. Je revois son expression fatiguée, ses bras frêles, sa voix faible. En France, elle serait dans une maison pour personnes âgées. Peut-être serait-elle entourée de ses enfants et petits-enfants, peut-être serait-elle triste d’avoir été mise à l’écart dans un hospice, mais elle ne serait pas caissière dans un magasin de fringues. Piètre consolation. Car si le système des retraites n’est pas réformé en se basant sur les propositions des syndicats et des partis qui défilent dans les rues, nous serons tous un jour cette vieille dame devant travailler jusqu’au dernier jour de sa misérable vie.

 

 

Écrivain et poète, Tahar Ben Jelloun est membre de l’Académie Goncourt depuis 2008. Il a reçu le prix Goncourt pour « La Nuit sacrée » (Points Seuil) en 1987. Derniers livres parus, « Jean Genet, menteur sublime » et « Beckett et Genet, un thé à Tanger » (Gallimard).

 

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[Le Monde a publié ce texte le 7 novembre 2010 mais on peut toujours le lire sur lemonde.fr/

URL de l’article : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/06/dignite-par-tahar-ben-jelloun_1436434_3232.html

Cette publication a suscité de nombreux commentaires dont certains soulèvent le coeur. En effet comment ne pas être révolté quand on lit que si cette vieille dame travaille, c’est sans doute parce qu’elle s’ennuie ! Ces commentaires, dans le droit fil de l’idéologie sarkozyste, montrent à quel point il est nécessaire de rester mobiliser pour défendre les acquis sociaux du Conseil national de la Résistance.

Nelly ]

 

Publié dans IDEES - DEBATS - PHILO, RETRAITES, SOCIETE | Pas de Commentaires »

Polémique N’Daye-Raoult : nouvelle offensive idéologique

Posté par communistefeigniesunblogfr le 18 novembre 2009

 Article paru dans l’Humanité du 17 novembre

La vieille haine de l’intellectuelle

Par Marie-Pierre Vieu, Membre du Comité exécutif du PCF, en charge des intellectuels, vice-présidente de la région midi-pyrénées, et Gérald Briant, Membre du Comité National du PCF, adjoint au maire du 18e arrondissement de paris.

En quoi la polémique Raoult-N’Daye manifeste-t-elle une nouvelle offensive idéologique  ?

La polémique N’Daye-Raoult est-elle un incident à ajouter au passif du député maire du Rancy, coutumier d’excès de populisme et d’accointance avec l’extrême droite  ? Ce serait le cas sans doute, si elle ne succédait à une longue liste de faits qui, loin d’être mineurs, viennent nourrir en même temps qu’ils éclairent la politique ultraconservatrice menée par la droite au pouvoir  : Sarkozy et sa lecture nationale-libérale de l’histoire  ; Alain Minc et Denis Olivennes, patron du Nouvel Observateur, exaltant le politiquement correct et exhumant le concept de pensée unique lors de l’université d’été 2009 du Medef  ; Besson inventant le délit de solidarité et les charters d’Afghans  ; Hortefeux et sa rhétorique de sécurité partout et pour tous  ; les préfectures accueillant le grand débat sur l’identité nationale…

Quand la lauréate 2010 du Goncourt explique qu’elle trouve insupportable l’« atmosphère de flicage, de vulgarité » qui prévaut en France et dit à propos du président de la République et de plusieurs ministres « qu’ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible », rien d’étonnant alors à ce qu’Éric Raoult, adepte du couvre-feu, de l’état d’urgence en Seine-Saint-Denis et militant pour le rétablissement de la peine de mort, intime à la romancière un « droit de réserve » qui, plus encore qu’une manœuvre d’intimidation, a valeur d’interdiction. D’autant que le même, qui remet aussi en cause l’indépendance de l’académie Goncourt vis-à-vis des pouvoirs publics et politiques, n’aurait aucun scrupule à la transformer en maison de redressement pour écrivains, lui qui vient encore de se distinguer en prenant fait et cause pour le régime tunisien du président Ben Ali à la suite de l’expulsion de la journaliste du Monde, Florence Beaugé, jugée trop « provocante ».

De la remise en cause de la liberté de la presse à la volonté de brimer Marie N’Daye, il n’y a qu’un pas. De ce point de vue, les Inrockuptibles ont bien raison de s’insurger contre une France qui pourrait rappeler celle de 1942 quand Pétain et Laval introduisaient la négation de la liberté d’expression, la haine des intellectuels et des artistes, la dictature sur la vie intellectuelle des Brasillac et Rebatet en même temps qu’ils organisaient la rafle du Vél’ d’Hiv, la traque des résistants et leur envoi en camps.

 

Publié dans LIBERTES, Politique nationale | Pas de Commentaires »

La santé, malade de l’Europe

Posté par communistefeigniesunblogfr le 3 juin 2009

l’Humanité.fr

Si la santé relève de chaque état membre, l’Union européenne insuffle un vent de libéralisme dans les politiques nationales. Décryptage dans l’Humanité jeudi, avec les Documents de l’Humanité, la santé malade de l’Europe. Tour d’horizon des systèmes en Europe, l’obsession des coûts,…

« Tout plaide contre la privatisation », nous dit le sociologue Frédéric Pierru.

Point de vue

Frédéric Pierru, [1] sociologue, chargé de recherche au CNRS

« Dans le domaine des politiques de santé, toutes les comparaisons menées avec un minimum de rigueur concluent à l’absence de modèle clé en main. Il n’y a aucune exception française, en particulier du point de vue de l’augmentation des dépenses de santé. Partout elles augmentent plus vite que le PIB et les politiques publiques peinent à enrayer cette augmentation. Surtout, les échecs et les effets pervers des mesures adoptées actuellement partout en Europe, comme la “responsabilisation financière” des assurés, la mise en concurrence des établissements hospitaliers ou encore la prolifération des indicateurs de performance, sont désormais bien documentés. Le paradoxe est que certains “bons élèves” européens semblent s’inspirer, dans une certaine mesure, du “cancre”, c’est-à-dire d’expériences nord-américaines qui ont fait la preuve de leurs limites. Rappelons que les États-Unis sont de très loin le pays de l’OCDE qui consacre la part la plus importante de leur richesse nationale aux dépenses de santé (16 % contre une fourchette de 9 % à 11 % en Europe), alors qu’ils n’ont pas de couverture maladie universelle obligatoire, ce qui laisse 46 millions d’Américains sur le carreau, sans parler des fortes inégalités devant la maladie et la mort. À l’inverse, plus la part des dépenses publiques dans le financement des dépenses de santé est importante, meilleure est la maîtrise des dépenses de santé et meilleure est l’égalité d’accès aux soins… Bref, tout plaide contre la privatisation et la libéralisation des systèmes de santé ! »

Propos recueillis pas A. C.

 

Notes :

[1] Auteur d’Hippocrate malade ses réformes, Éditions du croquant, 2007.


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