De l’importance des mots

Posté par communistefeigniesunblogfr le 16 septembre 2010

De l'importance des mots dans Culture 16 septembre 2010

La France sarkozienne par François Taillandier

Questions de vocabulaire

 

Les mots forgent notre réalité. N’existe pour nous que ce que nous savons nommer. Si on ne surveille pas 
les mots, ils nous aliènent, car ils posent du sens, avec ou sans notre consentement, y compris par ce qu’ils excluent. 
Cette conviction qui explique mon insistance sur l’expression, la langue et 
le langage, j’y ai été ramené en lisant 
le Despotisme des modernes, texte d’une conférence prononcée en mars dernier 
par Bernard Vasseur (*).

C’est précisément du vocabulaire employé – c’est-à-dire accepté – par le monde politique, et en particulier celui qui se dit d’opposition, que part sa réflexion. Il montre ainsi comment les débats autour de l’emploi ont fait largement oublier, sur le forum politique, la réflexion sur le travail – l’expérience concrète du travail, ses processus, 
son sens, son but humain. De même, 
la question récurrente du pouvoir d’achat. Le droit à avoir de quoi vivre est une chose ; cela implique-t-il qu’il faille renoncer à toute autre question, considérer la consommation à outrance – c’est-à-dire 
le nerf du système marchand – comme 
la clef du bonheur ? Que si tout 
le monde pouvait s’offrir un iPad, un séjour touristique en Croatie et les nouvelles baskets « de marque » à 150 euros 
la paire, tout irait bien dans le meilleur 
des mondes ?

Tout cela montre qu’en reprenant sans examen les mots ambiants, ou dont l’évidence s’impose, on laisse d’autres notions (et avec elles, ce qu’elles recouvrent) s’effacer du débat. Et comme rien n’est idéologiquement incolore, on a de bonnes chances de rester dans l’horizon même de ce que l’on croit combattre.

Vasseur nous en rappelle ainsi les mots quasiment oubliés d’émancipation humaine. Il y en a bien d’autres que 
je trouve, pour ma part, regrettablement absents ou raréfiés. Par exemple, peuple, pays, souveraineté publique. Et même : pouvoir (où est le pouvoir ? qui le détient ? et qui se le demande ?). Et aussi : politique – non pas « la » politique, mais 
« le » politique, ce qui est politique. Vasseur émet à ce sujet de passionnantes remarques concernant la télévision, dont 
le rôle à cet égard va bien plus loin que son éventuelle complaisance envers 
le gouvernement. Bref : il nous ramène au vieil adage selon lequel s’opposer, ce n’est pas répondre différemment aux mêmes questions, c’est poser d’autres questions.

 

(*) Fondation Gabriel-Péri, 32 pages, 3 euros.

www.gabrielperi.fr, conférence reprise dimanche dernier au Village du livre.

 

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