Encore et toujours les salaires

Posté par communistefeigniesunblogfr le 3 mars 2010

 

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edito_huma.jpg3 mars 2010

Par Patrick Apel-Muller


La suite

Les conflits sociaux pour des hausses de salaires sont de plus en plus nombreux et ils touchent des secteurs qu’on voyait peu souvent à l’avant-scène de ces conflits.

Les plus grands efforts de la droite depuis 2006 avaient porté sur cette ambition : rayer des revendications sociales celle des augmentations de salaires. La clé de voûte du programme présidentiel de Nicolas Sarkozy n’était-elle pas la phrase fameuse « travailler plus pour gagner plus » ? La mayonnaise a pris le temps d’un scrutin. Peu à peu, les manifestations ont résonné du slogan « Travailler plus pour gagner moins », qui dépeignait hélas précisément le sort de la majorité des salariés. Le séisme de la crise du capitalisme aurait pu enfouir le sujet sous les angoisses de l’avenir, la crainte de perdre son emploi, la recherche de boucs émissaires parmi ses collègues immigrés. Il a au contraire dévoilé un peu plus les inégalités monstrueuses générées par le système, l’enrichissement au long des spéculations, les sommes englouties ou accaparées au fil des opérations financières. N’y a-t-il pas du ridicule à entendre un gouvernement pousser les hauts cris pour 5 milliards de déficit des retraites quand il a engouffré des dizaines de milliards d’euros en quelques jours pour secourir les banques ou les multinationales de l’automobile ?

BNP Paribas offre un exemple saisissant. Les contribuables, parmi lesquels les salariés du groupe bancaire, ont déboursé 5,1 milliards pour rétablir sa situation en 2009 et la Banque centrale européenne lui a prêté des sommes à 1 % d’intérêts. Infligeant à ses clients des taux d’emprunt 5 à 11 fois plus forts, l’établissement a rapidement redressé ses comptes, réalisant près de 6 milliards d’euros de profits. Et, comme si de rien n’avait été, la direction de BNP Paribas s’est empressée de réserver 1 milliard d’euros pour 4 000 traders. Gain individuel de 250 000 euros alors qu’elle ne veut accorder à ses salariés « ordinaires » que 1 % d’augmentation, soit 320 euros annuels pour plus de la moitié d’entre eux. Les experts médiatisés nous ressassent qu’on « n’y peut rien, puisque c’est le système »… Eh bien celui-ci est injuste et la majeure partie de la population ne s’y résout pas. Les conflits sociaux qui revendiquent des hausses de salaires sont de plus en plus nombreux et ils touchent aussi des secteurs qu’on voyait peu souvent à l’avant-scène de ces conflits, comme les groupes de la grande distribution. Cela témoigne aussi des conditions de vie insupportables que subissent de plus en plus de Français pour qui, comme le disait un humoriste, le pire écart de salaire, c’est un mois (et souvent plus) entre deux paies.

Si ces conflits dévoilent la mystification sur laquelle s’est en grande partie construite la victoire de l’UMP, ils accusent aussi la timidité d’une grande partie de l’opposition. Ne parlons pas du Modem, qui prônait en 2007 « le libre jeu des heures supplémentaires pour gagner plus » afin de « permettre aux salariés qui le souhaitent d’améliorer leur revenu ». Ça avait le goût et la couleur de Sarkozy, mais c’était du Bayrou. Aujourd’hui encore, ce dernier privilégie les baisses de charges pour le patronat. Du côté du Parti socialiste, on propose des augmentations de salaires pour stimuler la croissance, mais on reste très imprécis sur les montants, cependant qu’une rengaine insistante se fait entendre, prêchant des lendemains de rigueur et d’efforts pour la population. François Hollande l’a dit très ouvertement sans susciter d’indignation dans les rangs du PS. Se distinguant de cette gauche timorée, j’allais écrire platonique, le Front de gauche est très engagé aux côtés des salariés en lutte. Son influence, si elle est renforcée au sortir des élections régionales, fera pencher la gauche du côté des aspirations sociales face à une droite que ses défaites annoncées par tous les sondages auraient affaiblie. De quoi fortifier les luttes sociales et donner de l’ampleur à la revendication de plus d’égalité.

 

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