Où est la République ?

Posté par communistefeigniesunblogfr le 17 février 2010

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La vidéosurveillance ne règlera jamais la violence à l’école,

qui souffre d’abord des réductions de postes.

Par Jean-Emmanuel Ducoin

Le propre des véritables « dissensus », c’est qu’ils donnent à voir où se situent les lignes de fracture d’une société en perdition. En ces temps désorientés d’oppression des plus faibles et de volonté de division, la révolte des enseignants d’Île-de-France témoigne non seulement d’un malaise enfoui dans les entrailles d’une profession maltraitée, mais également d’une farouche volonté républicaine d’inverser cette tendance infernale de baisse de moyens. La marmite en ébullition risque d’exploser. Si ce n’est déjà fait…

L’affaire est plus sérieuse que ne le croit Luc Chatel. Méprisant d’abord, borné ensuite dans son refus d’accorder leur « droit de retrait » aux enseignants du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry, considérés comme des « déserteurs », il a finalement accepté, sous la pression, des « états généraux sur la sécurité à l’école » dont l’intitulé restrictif peut légitimement nous inquiéter… À ce propos, est-il contradictoire de réclamer des moyens humains pour assurer, aussi, un minimum de sécurité dans les établissements ? Privés de surveillants qualifiés, d’auxiliaires de vie scolaire, d’aides spécialisées aux élèves en difficulté, d’infirmières, de conseillers d’orientation, etc., ce sont bien de coupes claires dont sont victimes les enseignants comme les élèves. Cinquante mille postes auront bientôt été supprimés depuis 2007… Si nous ne supportons pas le moindre acte de violence à l’école, nous ne nous rendrons jamais à l’idée qu’il faudrait déployer en tous lieux cette logique de vidéosurveillance ultrasécuritaire et liberticide dont rêve le prince-président. La peur et l’emprise criminogène qu’il fait régner ne règlent rien. Les états policiers ne se préoccupent pas de la question sociale…

 

Le soutien actif des parents d’élèves, constaté dans tous les établissements en lutte, n’est pas le fruit du hasard. L’école n’a jamais été et ne sera jamais un sanctuaire désincarné du monde réel. Elle aussi subit de plein fouet les assauts du sarkozysme, dont l’insécurité sociale est la principale marque. Comment s’étonner que 49 % des professeurs disent souffrir d’un « manque de reconnaissance » et expriment à 75 % leur « ras-le-bol » ? Élèves qui ne les respectent pas et renvoient sur eux une part de la violence que subissent leurs familles ; hiérarchie qui les infantilise ; ministre(s) qui ignore(nt) leurs conditions de travail, les sous-effectifs… le nombre d’enseignants qui songent à démissionner, jadis dérisoire, atteint désormais près de 35 % ! Levons d’ailleurs un ultime tabou : dit-on assez que l’enseignement est actuellement la profession la plus touchée par les suicides ?

Une autre statistique devrait nous faire réfléchir : 30 % des incidents enregistrés se concentrent dans 5 % des établissements. Devinez où ? Dans les quartiers populaires évidemment, où l’on connaît autant ce plaisir rare des solidarités que le prix à payer des inégalités. Les conditions d’existence, racines de tous les maux, y atteignent un tel degré d’atomisation sociale que les gestes élémentaires de la vie des plus jeunes ne sont plus assurés. Les puissants savent-ils comment vivent nos enfants dans ces quartiers où le  chômage dépasse les 40 %, tandis qu’un sur deux vit sous le seuil de pauvreté ? Tout est donc affaire de regard, de conception de société. Pour cela, nous nous passons très bien de caméras de surveillance. Franchement, où est la République si l’éducation cesse d’être la matrice de nos enjeux de civilisation ?

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