Les rouges et la crise de 1929

Posté par communistefeigniesunblogfr le 19 février 2009


« - Vous avez vu ce qu’il y avait dans le journal, à propos de ces agitateurs, là-haut, à Bakersfield ?

- Oui, répondit Wilkie. Ils disent tout le temps ça.

- Eh bien ! j’y étais. Y avait pas d’agitateurs. Des rouges comme ils les appellent. Et d’abord, qu’est-ce que c’est que ces rouges, bon Dieu ? (…)

- Y a un tas de gens qui aimeraient bien savoir ce que c’est que ces rouges. (Il se mit à rire.) Un gars de chez nous l’a découvert, ce que c’était. (…)

Un nommé Hines, l’a quéq’ chose comme trente mille arpents de pêches et de la vigne, une usine de conserves et un pressoir. Toujours est-il qu’il n’arrêtait pas de parler de ces salauds de rouges. « Ces salauds de rouges, ils mènent le pays à sa perte » qu’il disait ; et aussi: « Faut les foutre dehors, ces cochons de rouges. » Et il y avait un jeune gars qui venait juste d’arriver dans l’Ouest, et qu’était là à l’écouter et un beau jour il fait : « M’sieu Hines, y a pas longtemps que j’ suis là ; j’ suis pas bien au courant, qu’est-ce que c’est au juste que ces salauds de rouges ? » Alors Hines lui dit comme ça : « Un rouge, c’est n’importe quel enfant de garce qui demande trente cents de l’heure quand on en paie vingt-cinq ! » Alors, voilà le petit gars qui réfléchit un bout, qui se gratte la tête et qui dit : « Mais nom d’un chien, m’sieu Hines, j’ suis pas un enfant de garce, mais si c’est ça un rouge, eh ben moi, je veux avoir trente cents de l’heure. Tout le monde le veut. Eh bon Dieu alors on est tous des rouges, m’sieu Hines. »

John STEINBECK, Les raisins de la colère, Gallimard, Folio, 2002 (1939), p.418

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